De
manière générale, et notamment dans une copie de philosophie,
dissertation ou explication, se pose la question de la légitimité
des références. Pour faire simple, disons que certains professeurs
jugent certaines références irrecevables, car trop triviales. Or
c'est contestable, et ce pour une raison simple, qui est que ce qui
est le plus rapide au monde ce n'est pas l'éléctricité, ni même
la lumière, ce sont les idées. Ainsi, pour évoquer une idée qui
se trouve dans Game of thrones,
il suffit de connaître la référence philosophique ou littéraire à
laquelle celle-ci fait écho.
Nous
parlerons de l'épisode 2 de la saison 6 : !!!!!!!!!!
Spoilers !!!!!!!!!!
*
Ramsay
Bolton est un archétype de ce que Freud appelle un « pervers
polymorphe ». La perversion polymorphe prend sa racine dans
l'enfance, et est à l'origine des régressions d'un individu. Il
s'agit donc d'une perversion non sexuelle mais qui, comme toujours
chez Freud, s'explique par le sexuel. Ramsay est rigoureusement
régressif. Il voudrait que le monde entier lui appartienne. Que tout
le monde soit le jouet de ses désirs. Le parricide vient renforcer
ce diagnostic : en tuant son père, il montre qu'il n'a pas
surmonté un complexe d'enfance – hypothèse qui est à nuancer
cependant, puisqu'il agit aussi ainsi guidé par le politique, mais
un même acte peut avoir différents motifs.
La
scène où il donne sa belle-mère et son demi-frère aux chiens
paraît presque empruntée aux Frères Karamazov
de Dostoïevski. Le texte est
long, je vais n'en citer qu'une partie (Livre cinquième : Pro
et contra, chapitre IV : La rébellion) :
Vois-tu,
et, ça, je le répète positivement, il ya beaucoup de gens dans
notre humanité qui ont cette caractéristique particulière, l'amour
de torturer les enfants, et rien que les enfants. […] ils adorent
torturer les enfants, c'est même les enfants qu'ils aiment, dans ce
sens-là. […] Il l'a traqué sous les yeux de sa mère, et tous les
chiens ont déchiqueté l'enfant !… […] Ecoute-moi :
j'ai pris juste les enfants pour que ça soit plus évident. Les
autres larmes humaines, celles dont la terre est nourrie depuis son
écorce jusqu'à son centre, je n'en dit pas un mot, j'ai fait exprès
de restreindre le thème. […] Si j'ai souffert, ce n'est quand même
pas pour que moi-même, avec mes crimes et mes souffrances, je serve
de fumier à je ne sais quelle harmonie future. […] Mais voilà
pourtant les petits enfants, et, là, avec eux, qu'est-ce que je
fais ?
« Les
enfants, qu'en ferai-je » dit le personnage dans une autre
traduction. Comment accepter le monde, le mal, tant qu'un seul enfant
aura à y souffrir ? Dostoïevski, chrétien orthodoxe, ne choisit pas
cette figure par hasard, il se la figure encore pur de tout péché
(ce qui n'est pas vrai chez Augustin, par exemple, puisqu'il énonce
que les nourrissons non-baptisés sont destinés aux flammes de
l'enfer…)
*
Le
Grand Septon donne autre chose
à penser. Si la référence évidente est le christianisme, qui
devint maître d'un Empire en trois cent ans, on peut tout aussi bien
penser à l'islam, qui ne mit que la
moitié de ce temps à
obtenir un résultat comparable, avec d'autres méthodes. Le thème
me semble être celui de la puissance de la foi. Un hadith célèbre
rapporte la parole suivante de Muhammad : « Mourez avant
de mourir ! ». Et Kierkegaard d'ajouter : « La
pensée de la mort donne l'exacte vitesse à suivre en son
existence ». Celui qui n'a pas peur de la mort (ni de la
souffrance), rien ne peut l'atteindre (thème stoïcien, cf.
Epictète), et s'il
convertit d'autres individus, leurs fois conjuguées déplaceront des
montagnes (Marc,
XI-23 ; Matthieu,
XXI-20).
*
Pour
conclure cet article, j'aimerais dire un mot de Theon
Greyjoy,
et du fait qu'il dise ne pas vouloir être pardonné, ne pas le
mériter. Thème chrétien par excellence et, en vérité, pardonné
il le sera. Car, comme le dit Pascal : « Il
n'y a que deux sortes d'hommes : les uns justes, qui se croient
pécheurs ; les autres pécheurs,
qui se croient justes ».
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