jeudi 5 mai 2016

L'usage philosphique de Game of Thrones


De manière générale, et notamment dans une copie de philosophie, dissertation ou explication, se pose la question de la légitimité des références. Pour faire simple, disons que certains professeurs jugent certaines références irrecevables, car trop triviales. Or c'est contestable, et ce pour une raison simple, qui est que ce qui est le plus rapide au monde ce n'est pas l'éléctricité, ni même la lumière, ce sont les idées. Ainsi, pour évoquer une idée qui se trouve dans Game of thrones, il suffit de connaître la référence philosophique ou littéraire à laquelle celle-ci fait écho.

Nous parlerons de l'épisode 2 de la saison 6 : !!!!!!!!!! Spoilers !!!!!!!!!!

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Ramsay Bolton est un archétype de ce que Freud appelle un « pervers polymorphe ». La perversion polymorphe prend sa racine dans l'enfance, et est à l'origine des régressions d'un individu. Il s'agit donc d'une perversion non sexuelle mais qui, comme toujours chez Freud, s'explique par le sexuel. Ramsay est rigoureusement régressif. Il voudrait que le monde entier lui appartienne. Que tout le monde soit le jouet de ses désirs. Le parricide vient renforcer ce diagnostic : en tuant son père, il montre qu'il n'a pas surmonté un complexe d'enfance – hypothèse qui est à nuancer cependant, puisqu'il agit aussi ainsi guidé par le politique, mais un même acte peut avoir différents motifs.

La scène où il donne sa belle-mère et son demi-frère aux chiens paraît presque empruntée aux Frères Karamazov de Dostoïevski. Le texte est long, je vais n'en citer qu'une partie (Livre cinquième : Pro et contra, chapitre IV : La rébellion) :

Vois-tu, et, ça, je le répète positivement, il ya beaucoup de gens dans notre humanité qui ont cette caractéristique particulière, l'amour de torturer les enfants, et rien que les enfants. […] ils adorent torturer les enfants, c'est même les enfants qu'ils aiment, dans ce sens-là. […] Il l'a traqué sous les yeux de sa mère, et tous les chiens ont déchiqueté l'enfant !… […] Ecoute-moi : j'ai pris juste les enfants pour que ça soit plus évident. Les autres larmes humaines, celles dont la terre est nourrie depuis son écorce jusqu'à son centre, je n'en dit pas un mot, j'ai fait exprès de restreindre le thème. […] Si j'ai souffert, ce n'est quand même pas pour que moi-même, avec mes crimes et mes souffrances, je serve de fumier à je ne sais quelle harmonie future. […] Mais voilà pourtant les petits enfants, et, là, avec eux, qu'est-ce que je fais ?

« Les enfants, qu'en ferai-je » dit le personnage dans une autre traduction. Comment accepter le monde, le mal, tant qu'un seul enfant aura à y souffrir ? Dostoïevski, chrétien orthodoxe, ne choisit pas cette figure par hasard, il se la figure encore pur de tout péché (ce qui n'est pas vrai chez Augustin, par exemple, puisqu'il énonce que les nourrissons non-baptisés sont destinés aux flammes de l'enfer…)

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Le Grand Septon donne autre chose à penser. Si la référence évidente est le christianisme, qui devint maître d'un Empire en trois cent ans, on peut tout aussi bien penser à l'islam, qui ne mit que la moitié de ce temps à obtenir un résultat comparable, avec d'autres méthodes. Le thème me semble être celui de la puissance de la foi. Un hadith célèbre rapporte la parole suivante de Muhammad : « Mourez avant de mourir ! ». Et Kierkegaard d'ajouter : « La pensée de la mort donne l'exacte vitesse à suivre en son existence ». Celui qui n'a pas peur de la mort (ni de la souffrance), rien ne peut l'atteindre (thème stoïcien, cf. Epictète), et s'il convertit d'autres individus, leurs fois conjuguées déplaceront des montagnes (Marc, XI-23 ; Matthieu, XXI-20).

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Pour conclure cet article, j'aimerais dire un mot de Theon Greyjoy, et du fait qu'il dise ne pas vouloir être pardonné, ne pas le mériter. Thème chrétien par excellence et, en vérité, pardonné il le sera. Car, comme le dit Pascal : « Il n'y a que deux sortes d'hommes : les uns justes, qui se croient pécheurs ; les autres pécheurs, qui se croient justes ».

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